les procedures tère des qualités relationnelles de l

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CHAPITRE 17 LES PROCEDURES A Avant d'étudier les procédures capables de modifier 1» présence d'un professeur stagiaire, se pose logiquement la question préalable de la sélection. Autrement dit, le cri- tère des qualités relationnelles de l'enseignant étant re- tenu, doit-on recevoir à l'Ecole Normale des personnalités dont la situation affective relève manifestement d'un éclai- rage psychanalytique ? Si, à l'évidence, une Ecole Normale n'est pas compétente pour traiter ces cas pathologiques, faut il pour autant passer sous silence la personnalité conflic- tuelle, voire franchement psychotique, et prendre la respon- sabilité'de confier enfants et adolescents à de tels psychis- mes ? Si la réponse est négative, il convient d'instituer, au moment du concours d'entrée, les filtres nécessaires pour identifier les personnalités, au demeurant fort minoritaires, ïl n'est pas dans notre propos de traiter ici de»cette question de la sélection, qui a d'ailleurs fait l'objet d'é- tudes et de publications nombreuses. Nous en dirons simple- ment ceci : quel que soit le type d'épreuves imaginées (tests, entretiens, situation de groupe...), la sélection dans le cadre d'une Ecole Normale soulève généralement deux objections. La première est qu'il n'est pas possible de juger un homme "tel qu'en lui-même" quand il est en situation de

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présence d'un professeur stagiaire, se pose logiquement la
question préalable de la sélection. Autrement dit, le cri­
tère des qualités relationnelles de l'enseignant étant re­
tenu, doit-on recevoir à l'Ecole Normale des personnalités
dont la situation affective relève manifestement d'un éclai­
rage psychanalytique ? Si, à l'évidence, une Ecole Normale
n'est pas compétente pour traiter ces cas pathologiques, faut
il pour autant passer sous silence la personnalité conflic­
tuelle, voire franchement psychotique, et prendre la respon-
sabilité'de confier enfants et adolescents à de tels psychis-
mes ? Si la réponse est négative, il convient d'instituer,
au moment du concours d'entrée, les filtres nécessaires pour
identifier les personnalités, au demeurant fort minoritaires,
ïl n'est pas dans notre propos de traiter ici de»cette
question de la sélection, qui a d'ailleurs fait l'objet d'é­
tudes et de publications nombreuses. Nous en dirons simple­
ment ceci : quel que soit le type d'épreuves imaginées
(tests, entretiens, situation de groupe...), la sélection
dans le cadre d'une Ecole Normale soulève généralement deux
objections. La première est qu'il n'est pas possible de juger
un homme "tel qu'en lui-même" quand il est en situation de
sélectionné. Il est indéniable que l'emotivité joue son rôle
pour celui qui se présente devant un jury; se sentir observé,
apprécié, jugé, critiqué, noté..., prendre conscience du pou­
voir considérable qui est celui des examinateurs et qui leur
permet de prendre une décision Icurde de conséquences pour le
candidat; bref, toute cette situation de dépendance met la
présence cal à l'aise. Mais cela suffit-il pour la condamner,
eu égard au propos qui est le nôtre ? Ne neut-elle tenir lieu,
elle aussi, ce moment discriminant, et ceci en raison même
des d i f f i c u1• 1 2 ^ U elle impose à la présence? Un candidat
.dulte qui s'effondre à l'oral, qui est incapable de rassem­
bler ses idées, de faire e ~ ~ f f*. . c *= ^ £> i r e a z r e i r o ont, bref qui part
vaincu G ' avarie e • : n — o ex car.iiaat s se révèle. Ce n'est cas l'é­
preuve qu'il : rimine r, nais le rapport de l'homme à
ce "te épreuve. Certes, il a. r, e . situations qui, mieux que
d'autres, facilitent l'émergence du soi; mais nous ne pensons
pas du tout que ces situations soient celles que l'on quali­
fient de "faciles". C'est par et à travers chaque situation
que l'homme révèle ses propres possibilités, c ' est-à-'àfre
se révèle, à soi et aux autres; mais la situation est d'au­
tant plu3 révélatrice qu'elle constitue précisément 'une
épreuve. Le navigateur au port, le mcntagnard dans la plaine
n'ont plus la possibilité de se révéler, comprenons t d'être
soi; et du même coup, nous n'avons plus Ta possibilité_de
juger de leurs qualités. Bn ce qui concerne notre candidat,
nous pensons que la maîtrise dont il fait preuve et la pu­
gnacité qu'il déploie face aux difficultés du concours sont
toutes deux révélatrices d'une certaine maturité, que nous
jugeons nécessaire à la fonction éducative qu'il postule.
La deuxième objection faite au principe de la sélection
est d'ordre déontologique. Si un jury peut interroger un
candidat sur ses aptitudes culturelles et pédagogiques, il
n'aurait.pas le droit de lui demander des comptes sur son
équilibre personnel. Nous reconnaissons qu'il y a là une
objection réelle dans la mesure où cette région psycho­
affective de la personne est considérée comme le refuge de
l'infériorité même, dont moi", examinateur, je n'ai pas à
connaître. Face à ce scrupule fondé, nous rappellerons notre
inquiétude : le formateur peut--*! confier des enfants - plu­
sieurs milliers - à un être notoirement iamature ? Autre
question décntologique....
Mais plus que de sélection, c'est de formation qu'il
s'agit ici. Si la qualité de la. présence est une condition
majeure de l'efficacité d'un enseignement dispensé à des
adolescents, comment une "oole Normale peut-elle la prendre
en charge, c'est-à-dire la faire évoluer vers plus d'ouver­
ture ? Telle est la question pratique de cette troisième
partie à laquelle nous nous efforcerons de répondre... C'et-te-
dernière partie sera organisée en trois temps. Nous dirons
d'abord les conditions théoriques nécessaires à toute trans­
formation de la présence; nous ferons appel aux rapports,
déjà entrevus, du concept et de l'expérience, ainsi qu'aux
notions de structure chez-Goldstein et de rapport de totalité
chez E. Strauss. Puis, nous nous attacherons, pratiquement,
à modifier la situation générale de la formation dans le but
de permettre au formé l'articulation d'un projet. Enfin, sur
ce fond ainsi élucide, nous placerons quelques exercices-
ponctuels susceptibles de transformer la présence.
CONSIDERATIONS THEORIQUES
lentendu essentiel que nous avons dénoncé plus haut, au mo- «
ment de la critique d'une leçon d'application. Nous avions
dit que professeur d'Ecole Normale et stagiaire ne faisaient
pas référence à la même réalité; que la critique même pro­
posait au stagiaire une image de son comportement, une des­
cription de- ses attitudes, une mise en question de •toute sa
relation pédagogique, qui constituaient autant de thèmes
hétérogènes à la réalité phénoménale vécue par le stagiaire
au moment même de sa leçcn. Et si noua voulons dégager les
conditions d'une formation de la présence,- il nous est néces-"
saire de savoir pourquoi cette critique traditionnelle cons­
titua une impasse dans la mesure où elle échoue à transformer
le comportement. Nous avions répondu : la critique transforme
la présence en représentation, et ceci d'une manière inévita­
ble pour le critique et quasi inévitable pour la critiqué.
Nous voudrions insister sur ce dernier avatar.
Indiquer à autrui une attitude à installer, un geste à
modifier, un stéréotype à éliminer, implique quasi nécessai­
rement pour la personne interpellée le passage de la cons­
cience naïve à la conscience analytique (1). Or, cette der­
nière est inopérante en ce qui concerne l'aire d'influence
de la première (présentation n'a pas de prise sur les
i aitres mêmes ae la présence. En effet, en passant de l'une à
l'autre, nous passons du corps propre, point d'appui trans­
parent (2) de mes intentions, au corp-s objectif, réalité opa­
que que je place en face. Or, il ne sert à rien d'interpeller
ce corps-là Î il ne peut rien pour moi, existant. C'est l.e
corps propre qui est habitable par le sens, qui l'incarne et
(1) Pour éclairer ce glissement, nous pouvons dire qu'il se produit, chaque'fois que je cesse d'utiliser pour obser­ ver : par exemple, dans le domaine du langage, lorsque je cesse d'utiliser un mot pour essayer de le définir, autre chose est de dire un mot, autre chose est- de dire son sens. C'est ainsi que nous nous surprenons à ne pouvoir définir le mot même que nous employons à bon escient et couram­ ment.
(2) pas entièrement d'ailleurs.
donne prise sur le monde à mon projet. Mais à_ce corps propre,
on ne commande pas de l'extérieur sous peine de le transfor­
mer en automate. Il n'écoute que moi-même, il est l'incarna­
tion très fidèle, jusque dans mes réticences et mes censures»
de mas intentions significatives, et lui seul est capable
d'articuler ma parole et mon geste. "Il n'y a pas de parole
nossible si ^ I J_ O ! le mot en tant que réalité lexicale; je
dois viser le sens et mon discours s'ordonne, articulant-
articulé. De même, il n'y a pas de ge3te possible si je vise
la main ou le bras, réalités an atomiques; je dois viser l_e
sens, et mon corps s'ordonne spontanément. Joindre le geste
à la parole signifie que le ccrps et la parole sont la double
ic~ualisaticn d'un même projet; c .e cette référence com­
mune que procèdent leur contemporanéite et leur cohésion.
Revenons à notre critique magistrale pour en définir la
contradiction. Prétendant transformer mon comportement, elle
met en question non plus ma corporéité réelle mais sa re­
présentation. ( 1 ) . Or, nous le savons, cette dernière est ino­
pérante dans l'ordre de la rhénoménalitéj l'image du corps
qu'elle me soumet est inapte à rectifier mon projet. Pare­
il) Il faut avouer que ce glissement de la critique du corps propre au cor>ps objectif est facilité par. 1 * enlisement » plus ou moins marqué, de la présence même du. stagiaire en,, leçon d'application. Les difficultés d'un.tel exercice pour l'enseignant novice oblitèrent la transparence de la rarole pédagogique au profit de sa version spectacu­ laire. Z~ qui :;:;rici3 à extli^uer que, la leçon finie, le professeur-stagiaire accueille faborablement la.-c.ri-. tijue 13 szn z omr or t eaer.t dar.s la mesure où il s'en ait déjà senti dépossédé du fait de sa situation.
d i a n t K i e r k e g a a r d , nous d i r i o n s q u e , du f a i t de c e t t e d é c h é ­
ance de l a p r é s e n c e en r e p r é s e n t a t i o n , j e n e s u i s p l u s en a e -
s u r e de t u t o y e r mon c o r p s . R e s t e à s a v o i r s i une t e l l e c r i ­
t i q u e empor te n é c e s s a i r e m e n t une t e l l e d é c h é a n c e . Fous ne l e
pensons p a s , mais l e s e x c e p t i o n s son t r a r i s s i m e s , e l l e s ne
c o n c e r n e n t que l e s c a s où l a p r é s e n c e , d ' e l l e - m ê m e , e s t p r o ­
che de s a c o n v e r s i o n } l a p a r o l e c r i t i q u e peu t a l o r s a p p a r a î ­
t r e comme f a c t e u r e f f i c i e n t a l o r s q u ' e l l e n ' e s t que l ' u l t i m e
c a t a l y s e u r ( 1 ) . La p l u p a r t du t emps , au c o n t r a i r e , c o a i e nous
l ' a v o n s d i t , l e g l i s s e m e n t v e r s l a r e p r é s e n t a t i o n e s t " q u a s i
i n é v i t a b l e pour l e c r i t i q u é " . C ' e s t , en e f f e t , une c o n s t a t a ­
t i o n b a n a l e que l a s u i v a n t e : l e s imple f a i t d ' a t t i r e r l ' a t ­
t e n t i o n de q u e l q u ' u n s u r un phénomène l ' i n d u i t à q u i t t e r s a
p r i s e phénoménale su r l e d i t phénomène e t à p r e n d r e s e s d i s -
t a n c e s v i s - à - v i s de l u i ; q u i t t a n t l ' a t t i t u d e n a î v e pour l ' a t ­
t i t u d e a n a l y t i q u e , i l e s t m a i n t e n a n t e n - f a c e du phénomène.
M a i s , ce f a i s a n t , l e phénomène e s t pe rdu au p r o f i t de son a n a ­
logue o b j e c t a i , e t l e s u j e t n ' e s t p l u s à mime de r e c o n n a î t r e
ce qu i p o u r t a n t l u i a p p a r t e n a i t l ' i n s t a n t d ' a v a n t . I l c o n v i e n t
donc , ce n ' e s t pas a i s é , d ' a l l i e r r é f l e x i o n e t a t t i t u d e n a ï v e .
"La t â c h e d ' u n e r é f l e x i o n r a d i c a l e . . . c o n s i s t e , d*une m a n i è r e
p a r a d o x a l e , à r e t r o u v e r l ' e x p é r i e n c e i r r é f l é c h i e d u monde, pour
( 1.) s e l o n l e p r o v e r b e y o g i j "Lor sque l e d i s c i p l e e s t p r ê t , l e m a î t r e a r r i v e " . " - . _ _ . .
r e p l a c e r en e l l e l ' a t t i t u d e de v é r i f i c a t i o n e t l e s o p é r a t i o n s
r é f l e x i v e s " ( î ) * Or , une t e l l e démarche va a u j o u r d ' h u i à 1 ' e n ­
c o n t r e de l ' i m p é r i a l i s m e s c i e n t i f i q u e e t de 1* ob j e c t i v i t é f o b ­
j e c t i v i t é c o n s i d é r é e comme v a l e u r sup rême .
Déchéance , g l i s s e m e n t , i m p a s s e , a v a t a r . . . a u t a n t de
v o c a b l e s s i g n i f i a n t deux n i v e a u x , deux p l a n s , deux n o t i o n s
d ' i n é g a l e v a l e u r e t d ' i n é g a l e p o r t é e . Si nous v o u l o n s , en t a n t
que f o r m a t e u r , p r o p o s e r d e s e x e r c i c e s sus -cep t ib l es de f a v o r i ­
s e r l ' o u v e r t , i l nous e s t u t i l e , i n d i s p e n s a b l e , de s a v o i r ce
qu i e s t e n c o r e p r é s e n c e e t ce qui n ' e s t p l u s que r e p r é s e n t a t i o n
Nous le f e r o n s à t r a v e r s t r o i s e x e m p l e s , a u x q u e l s n o u s avons
d é j à eu r e c o u r s , mais dont nous c o n d u i r o n s l ' é t u d e j u s q u ' à
s a i s i r l e moment s t r u c t u r a l où l a p r é s e n c e s ' i r r é a l i s e en
r e p r é s e n t a t i o n . Q u e l l e d i f f é r e n c e y a - t - i l , en e f f e t , e n t r e
un masque p o r t é au c o u r s d ' u n e cé rémonie i n i t i a t i q u e e t l e
mime masque sous v i t r i n e dâa s un musée ? e n t r e s e r r e r l a main
d ' u n e p e r s o n n e e t l a même main p a l p é e au c o u r s d ' u n examen
méd ica l ? e n t r e un mot u t i l i s é e t l e même mot que nous e s s a y ­
ons de d é f i n i r ? Examinons c e s o p p o s i t i o n s s e l o n t r o i s d i r e c ­
t i o n s t l ' a x i a l i t é , la m a r g i n a l i t é , l e s e n s .
(1) Mer leau Ponty - "Phénoménologie de la p e r c e p t i o n " - p . 2 7 8
LE..MASQUE
AXIALITé Masque-chose Masque-objet
fonetion sacrée
par-effacement de
LA MAIS SERRéE
M a i n a n a t o m i q u i
'MARGINALI'Té L ' ê t r e p r é s e n t p a r e t à t r a v e r s î
- l e r e g a r d
- l e v i s a g e
- l a m i m i q u e
» l e "buste
- . . l e c o r p s t o u t e n t i e r
DIRECTION A c q u i e s c e m e n t à l a SENS O b j e t c o r p o r e l , r e n c o n t r e de
SENS
LE MOT
LE MOT DTILISé ' LE MOT .DEFINI ( d i s c o u r s ) ( l a n g u e )
àXIALITé Le s i g n e comme Le s i g n e comme u n i t é m i n i m a l e a r t i c u l a t i o n . du d i s c o u r s d ' u n s i g n i f i a n t
e t d ' u n s i g n i f
MARGINÂLÏTé La p r o p o s i t i o n L e s s i g n e s v o . i -
LINGUISTIQUE T . S i , n S d a n ® 1 a . . La p h r a s e r é g i o n seman t i q
Le d i s c o u r s
. . . . où i l f i g u r e
MARGINALITé La s i t u a t i o n
EXISTENTIELLE L ' i n t e r l o c u t e u r
c o n s i d é r é e
DIRECTION C e l l e d e l a p r é s e n c e SENS O b j e t l e x i c a l de
SENS
Que c o n s t a t e - 1 - on ? A g a u c h e , la r é g i o n de l a phénomé-
na l i t ê* où ma p r é s e n c e e s t p o s s i b l e } à d r o i t e , l a r é g i o n de
1* oTa jee t i t é où j e d o i s me c o n t e n t e r d 'une r e p r é s e n t a t i o n .
l a d i s s y m é t r i e s a u t e aux yeux t l a m a r g i n a l i t é manque dans
l a c o l o n n e de d r o i t e . Or , c e t t e a b s e n c e de m a r g i n a l i t é e s t
c o n s t i t u t i v e à e l l e s e u l e d ' u n r é e l de seconde z o n e . En q u o i
En c e c i que l e s i g n i f i a n t n ' a p lus l e même s t a t u t } i l n ' a
p l u s l a même façon de m ' i n t e r p e l l e r , de me c o n c e r n e r , de me
f a i r e s i g n e . Cet a v a t a r , n o u s le s a i s i s s o n s notamment à t r a ­
v e r s l a d i s t i n c t i o n que 1 ' a n a l y s e phénoménologique é t a b l i t e
t r e sens e t d i r e c t i o n de s e n s . La d i r e c t i o n de sens e s t l a f
ne même de ma p r é s e n c e , c ' e s t d a n s mon o u v e r t u r e au monde
q u ' e l l e t r o u v e son o r i g i n e e t son f o n d e m e n t . J e ne p u i s me
t r a n s c e n d e r q u ' e n s i g n i f i a n t du même coup e t en même temps
le monde et moi-même} c ' e s t c e t t e commune g e n è s e que conno te
l e t e r m e de s i t u a t i o n . C ' e s t d i r e l ' i m p o r t a n c e â.s la a a r g i n ?
l i t é dans l e f o n c t i o n n e m e n t d ' u n t e l s i g n i f i a n t . Si nous r e ­
p r e n o n s l ' e x e m p l e du masque, n o u s voyons q u ' i l n ' a de s i g n i ­
f i c a t i o n e x i s t e n t i e l l e , c ' e s t - à - d i r e p o u r l a p r é s e n c e que j e
s u i s , que p a r l e s é c h a n g e s i n c e s s a n t s q u ' i l e n t r e t i e n t a v e c
s e s e n t o u r a $ v i s a g e . , b r a s i e r s , , , p e r c u s s i o n s . . C ' e s t dans
c e t t e e s q u i s s e d ' u n e s i t u a t i o n t o t a l i t a i r e que « a p r é s e n c e
t r o u v e à s ' o u v r i r d a n s une s i t u a t i o n de s e n s } c ' e s t l à que
p u i s p a r t i c i p e r à la c é r émon ie r i t u e l l e , e t é v e n t u e l l e m e n t
e n t r e r dans l a d a n s e . C e t t e n o t i o n de d i r e c t i o n de s e n s v e u t
d i r e o r i e n t a t i o n du s e n s t c ' e s t l e en vue de qui s t r u c t u r e *
t r a n s c e n d a n c e } mais e l l e s i g n i f i e a u s s i e q u e l e s e n s n ' e s t ja­
s a i s d é f i n i t i v e m e n t c o n s t i t u é (comme i l l ' e s t d a n s le concep
q u ' i l e s t t o u j o u r s en s u r s i s d a n s l a mesure où ma l i b e r t é d*
x i s t a n t e s t à même de d é p l a c e r l a s i t u a t i o n e t de m o d i f i e r
s a p e r c e p t i o n e t ma c o n d u i t e . Le s o i n ' e s t j a m a i s p o s é , t o u t
au moins t a n t q u ' u n p ro j et r e s t e p o s s i b l e ; c ' e s t ce que d i t
Mal la rmé de l a mor t s " T e l q u ' e n lui -même enf in l ' é t e r n i t é 1
change™. Tout a u t r e e s t l e s t a t u t du s e n s . Lo r sque le masque
sous v i t r i n e se t r o u v e d é l e s t é , à son dam e t au mien , de s a
m a r g i n a l i t é , l e s i g n i f i a n t se l i m i t e a l o r s aux c o n t o u r s exac
de l ' o b j e t . Mais c e t t e e x a c t i t u d e de la c h o s e t fcémat isée ( in
ge ou c o n c e p t ) a comme r a n ç o n l a so l i - tude g l a c é e à l ' i n t é r i e
des f r o n t i è r e s . Pour moi , pour ma p r é s e n c e , un t e l a v a t a r es
l o u r d de conséquences t je s u i s d o r é n a v a n t d evan t , f r a p p é d '
manence . Une t e l l e f e r m e t u r e a comme c o r r é l a t la d i s p a r i t i o i
de t o u t e d i re c t i on de s e n s . Ma p r é s e n c e e s t c e l l e du s c h i z o !
d e , e l l e n ' a p l i î s de r é p o n d a n t t j e s u i s d e v a n t le masque si
v i t r i n e . I l ne me r e s t e p l u s , p o u r donner l e c h a n g e , q u ' à ê"
l ' i n t e l l e c t u e l c u r i eux d ' e t h n o l o g i e 5 mais pour ce qui e s t d
d a n s e r . . .
C e t t e p r e m i è r e d i s t i n c t i o n e n t r e phé n o m é n a l i t é e t r e p
s e n t a f i o n npus pe rme t de dénoncer le c o n t r e - s e n s commis par
le formateur au moment où il critique la leç on d'un stagiaire.
L'attitude analytique qui est la sienne (colonne B) prétend
agir sur le comportement du stagiaire (colonne A) . De cette
confusion de plans, une série de conséquences découle :
- le stagiaire généralement ne se reconnaît pas - ou
d'une manière fort abstraite - dans l'image de lui-même que
le critique lui oppose. L'un (le critique parle de ce qu'il
n'a pas vécu; à l'autre (le stagiaire), on parle d'une percep­
tion qu'il n'a pas eue.
- les conseils que le critique peut donner au stagiaire
concernant son comportement 'sont inopérants. Il n'est pas pos­
sible de transformer une présence par l'intermédiaire d'une at­
titude catégoriale. En effet, recourir, pour modifier un com­
portement pédagogique, à des "avis ou conseils utiles", c 'est,
recourir à un appareil conceptuel totalement étranger à la réa­
lité existentielle sur laquelle j'entends agir. Nous pouvons,
certes, tenter une telle approche pour décrire une conduite,
c'est-à-dire thématiser les manifestations en les subsumant
sous des conceptsj nous ne pouvons pas, en revanche, l'utili­
ser pour transformer une conduite. Des conseils du genre î"soyBZ
plus naturel... sollicitez davantage 1'élève... soyez plus
expressif... occupez davantage l'espace de la ôlàsse... évi­
tez d'être cassant avec les élèves... parlez plus fort et
moins vite...etc..." nous font penser à la boutade t "le meil-
•« i.j-v ^^-n + ya i 'insoinie. c'est encore le sommeil".
- non seu lement ces c o n s e i l s sont i n o p é r a n t s , ma i s i l s
son t s o u v e n t n u i s i b l e s d a n s la mesure où i l s r e n f o r c e n t l a
f e r m e t u r e de l a p r é s e n c e du jeune m a î t r e . Comment ? G e s t e s
e t mots ne s o n t s i g n i f i a n t s pour a u t r u i que p a r c e q u ' i l s s o n t
t r a n s p a r e n t s , A t r a v e r s eux, même si c ' e s t g r â c e à e u x , je
v i s e une d i r e c t i o n de s ens qui o r i e n t e l a t o t a l i t é d e ma p r é ­
sence c o r p o r e l l e e t l i n g u i s t i q u e * Q u ' i l s c e s s e n t d ' ê t r e ce s u p ­
p o r t pour ê t r e c o n s i d é r é s en eux-mêmes, i l s a c q u i è r e n t a l o r s
une p r o x i m i t é qui l e s p r i v e d e l e u r t r a n s p a r e n c e , e t la p e r t e
du sens e s t l a r a n ç o n de l e u r o p a c i t é p a r a d o x a l e ( 1 ) . C ' e s t un
a v a t a r de ce g e n r e qui r i s q u e d ' a d v e n i r à t o u t un c h a c u n p o u r
peu qu ' on l u i demande de f a i r e a t t e n t i o n à s e s g e s t e s e t à s e s
p a r o l e s . R i e n de t e l pour l e r e n d r e p a r a l y s é et mue t . C ' e s t
p r é c i s é m e n t l e p r o p r e de l a © r i t i q u e t r a d i t i o n n e l l e que d ' i n ­
d u i r e l e c r i t i q u é à q u i t t e r s a p e r c e p t i o n phénoménale e t n a ï v e
pour une p e r c e p t i o n a n a l y t i q u e * Ce f a i s a n t , i l r é i f i e son com­
po r t emen t e t l e s a n c i e n s s i g n i f i a n t s se t r o u v e n t promus s a r l e
devant de l a s c è n e . O u b l i a n t q u ' i l s s o n t au s e r v i c e d i s c r e t
e t o b l i q u e du s e n s , i l s s ' o p a c i f i e a s t s o u s l e nouve l é c l a i r a g e
en d e v e n a n t o b j e t s ; en l ' o c c u r e n c e , o b j e t s d ' a t t e n t i o n . D i r e
à un p r o f e s s e u r - s t a g i a i r e de " f a i r e quelque chose de s e s b r a s "
e s t l e p l u s s û r mbyen pour q u ' i l l e s c o n s i d è r e d o r é n a v a n t c o i -
a e deux e x c r o i s s a n c e s f o r t g ê n a n t e s ? r ançon d e l a n o u v e l l e p e r -
(1) On .peut en f a i r e l ' e x p é r i e n c e en r é p é t a n t un mot f a m i l i e r p l u s i e u r s f o i s de s u i t e Î l e s e n s s ' é c h a p p e b i e n t ô t , e t l ' o n se t r o u v e devant un pur m a t é r i e l s o n o r e .
ception qui vient, sous l'influence du critique, de mettre ses
braa^en face de lui. Tout ceci pour rappeler cette vérité élé­
mentaire » pour parler ou agir, il ne faut surtout penser ni
à ses mots, ni à son corps, sous peine d'être comme l'apprenti
eycliste à qui il prend l'envie de regarder, non plus sa route,
mais son vélo s chute dé transcendance..
Nous heurtons donc ici une première impossibilité s les
âîtres de la présence sont, en tant que telles, hors d'attein­
te du pouvoir catégorial. Avant d'examiner.les solutions pos­
sibles face à cette incompatibilité foncière, nous voudrions
noter une deuxième impossibilité inhérente à la critique clas­
sique. Si elle se présente comme un corrolaire logique de la
première, elle n'en donne pas moins naissance à une probléma­
tique spécifique.
consiste à vouloir traiter isolément un élément du comporte­
ment (geste, démarche, rythme, intonation, silence, regard...)
Ce faisant, elle commet une double erreur » dissocier l'élé­
ment de la totalité humaine; dissocier cette dernière de son
milieu.
(1) "La structure de l'organisme" - Goldstein - NRF - 1954
nisae comme une structure. La critique analytique, en demandant
au professeur de "faire quelque chose de ses "bras" ou de "re­
garder ses élèves de préférence à ses notes" présuppose que
le corps est un agrégat d'éléments juxtaposé?, et que l'on
peut, de ce fait, agir exclusivement sur l'un d'entre eux.
Parler, au contraire, de structure signifie que chaque élément
se trouve placé sous la juridiction de la totalité. "Les réac­
tions de l'organisme ne sont pas des édifices de mouvements
élémentaires, mais des gestes doués d'une unité intérieure" (1)«
C'est cette unité intérieure qui constitue la structure, unité
sans laquelle on ne pourrait comprendre comment la diversité
de nos gestes, paroles, mimiques, silences, regards... en vient
spontanément à dire un mime sens. Ce ne sont pas coïncidences
heureuses, mais référence à une mime source signifiante. i
Cette première erreur de la critique est renforcée par
une deuxième dissociation, celle que dénonce Erwin Strauss
à travers sa notion de rapport de totalité. Ce rapport est le
rapport fondamental qui détermine les relations de l'homme à
son milieu. Au point de vue biologique, le rapport de totalité
est attesté par le phénomène des suppléances. Si l'on section­
ne les deux fifctsa d'un chien du mimé côté, il est capable au
bout d'un certain temps £• bondir à nouveau. Cela signifie
qu'il n'y a pas réorganisation d'un jeu d'organes préexistants
(1) Kerleau-Poaty - "Structure du comportement" -HRF -- pi 140
ou de f o n c t i o n s p r é e x i s t a n t e s ! i l y a i n v e n t i o n d ' u n nouveau
t y p e de locomot ion en vue de c o n s e r v e r l e s t y l e d ' u n c o m p o r t e ­
men t . Autrement d i t , c e t t e t o t a l i t é or gani s a e - m i l i e u c o n s t i t u e
une i n s t a n c e l é g i s l a t r i c e q u i va c o n t r a i n d r e l ' o r g a n i s m e à
s ' a d a p t e r p o u r c o n s e r v e r l e même r a p p o r t au monde. Tout se p a s ­
se comme s i une mime forp^e d e v a i t p e r d u r e r dans son i d e n t i t é ,
e n t r e l ' a c t i o n de l ' o r g a n i s m e e t l a r é a c t i o n du m i l i e u ( 1 ) .
Q u i t t o n s c e t a s p e c t s implement "b io log ique pour la phénoména-
l i t é où se s i t u e l e p l u s c l a i r de la p e n s é e d 'Erwin S t r a u s s .
Pour d i r e c e l a , nous p a r t i r o n s du n é g a t i f : l e s c h i z o p h r è n e ,
quant à l u i , a" pe rdu ce r a p p o r t de t o t a l i t é . N ' é t a n t p l u 3 c a ­
p a b l e de s ' o u v r i r au monde - nous a l l i o n s d i r e Î de se c o n f i e r
au monde - i l e s t i n c a p a b l e de r e c o n n a î t r e l e s l i m i t e s d e son
c o r p s p r o p r e , d a n s l a mesure p r é c i s e où i l y a c o n t a m i n a t i o n
e n t r e l ' e s p a c e p r o p r e e t l ' e s p a c e é t r a n g e r . En e f f e t , l ' a r t i ­
c u l a t i o n , o n t o l o g i queaent f o n d a t r i c e , du moi^ et du monde p r é ­
suppose , l o g i q u e m e n t e t exi s t e n t i e l 1 ement , une i d e n t i t é r e s ­
p e c t i v e des deux p a r t e n a i r e s . Leur c o n f u s i o n e n t r a î n e au cpn^-
t r a i r e une p e r t e d ' i d e n t i t é du c o r p s p r o p r e dont l e s d i f f é r e n ­
t e s r é g i o n s c e s s e n t d ' ê t r e des p a r t i e s c o h é r e n t e s pour f o n c ­
t i o n n e r s é p a r é m e n t . Cela s i g n i f i e que l e s p a r t i e s o n t - p e r d u
l e r a p p o r t de t o t a l i t é dans la mesure où l e co rps r e i f i é p e r d
(1 ) Nous voyons également ce m a i n t i e n du r a p p o r t de t o t a l i t é à t r a v e r s l e s m u t a t i o n s s u c c e s s i v e s de l ' a l l u r e du c h e v a l j p a r s imple a c c r o i s s e m e n t de sa v i t e s s e , " i l p a s s e du p a s au t r o t , au g a l o p , au t r i p l e g a l o p . . "
son r a p p o r t au monde. Lorsque H e i d e g g e r é c r i t t "que ' l é r é a ­
l i t é humaine t r a n s c e n d e * , c e l a r e v i e n t à d i r e s dans l ' e s s e n c e
de son ê t r e , l a r é a l i t é humaine es t c onf i g u r a t r i c e d ' u n s o n d e "
( 1 ) , i l s i g n i f i e l e mime r a p p o r t de t o t a l i t é , e t r é v è l e l e
c o n t r e - s e n s d ' u n e f o r m a t i o n q u i p r é t e n d r a i t a g i r sur la p r é s e n -
ce en f a i s a n t l ' é c o n o m i e d e l a s i t û a t i on n é c e s s a i r e à s a r e s p i ­
r a t i o n . L'homme ne f a i t p a s des mouvements, i l d é v e l o p p e des
c o n d u i t e s (comportement ou d i s c o u r s ) qui s ' a n a l y s e n t comme l a
c o n f i g u r a t i o n commune du monde e t du s o i .
Pour r é sumer , nous d i r o n s j
- l a p r é s e n c e es t une s t r u c t u r e } comme t e l l e , e l l e e s t
r é g i e p a r l a l o i commune à t o u t e s t r u c t u r e s e l o n l a q u e l l e l a
t o t a l i t é e s t l a l o i des p a r t i e s . I l e s t donc v a i n , dans l e
c ad re d 'une f o r m a t i o n , de p r é t e n d r e t r a n s f o r m e r i s o l é m e n t un
de^ 099 c o n s t i t u a n t s .
- l a p r é s e n c e a p p a r t i e n t au n o n - t h é m a t i q u e . I l e s t donc
v a i n de p r é t e n d r e l a t r a n s f o r m e r p a r un d i s c o u r s } l e c o n c e p t
n ' a de p r i s e que s u r une r é a l i t é p r é a l a b l e m e n t t h é m a t i s é e . ,
Les deux p r o p o s i t i o n s c i - d e s s u s é n o n c é e s c o n c e r n e n t d e s
r é a l i t é s c o r r é l a t i v e s , comme s o n t en c o r r é l a t i o n l e s deux
c o n t r e - s e n s que nous a v o n s re l evés dans l a f o r m a t i o n t r a d i -
t i o n n e l l e i l a c r i t i q u e ne peut o p é r e r l a double d i s s o c i a t i o a
(1 ) H e i d e g g e r - " Q u ' e s t - c e que l a m é t a p h y s i q u e ?* SRF..- 5 . 9 0
s t r u c t u r e l l e que nous avons énoncée que d a n s l a s e s u r e où
e l l e p r i v i l é g i e l a r e p r é s e n t a t i o n sur l a p r é s e n c e .
En c o n s é q u e n c e , une f o r m a t i o n s o u c i e u s e de l a p r é s e n c e
d o i t t r o u v e r une v o i e qu i r éponde à c e t t e doub le n é c e s s i t é s
• une méthode g l o b a l e »u qu i v i s e l a t o t a l i t é de l a
p r é s e n c e j
. une méthode expé r i e n t i el l e - qu i v i s e l a p r é s e n c e
avan t t o u t e o b j e c t i v a i ion c a t é g o r i a l e .
Or , c e s deux v o i e s , l o g i q u e m e n t c o r r é l a t i v e s e t p r a t i ­
quement i n d i s s o c i a b l e s , n é c e s s i t e n t l ' a v è n e m e n t d ' u n e s i tu a-
t i o n . Une p r é s e n c e , en e f f e t , ne peut se m e t t r e en q u e s t i o n
que s i e l l e p e u t h a b i t e r un l i e u » Pour ê t r e , ce l i e u a b e s o i n
d ' a b o l i r " l e s f r o n t i è r e s r i g i d e s e t u n i l a t é r a l e s du thème" (1 )
e t de r e t r o u v e r une m a r g i n a l i t é . C ' e s t d i r e que ma p r é s e n c e ,
n ' e s t p o s s i b l e , e t son s e n s , q u ' à h a b i t e r un l i e u , c ' e s t - à -
d i r e ê t r e en s i t u a t i o n » S e u l e une s i t u a t i o n , dans sa doub le
d imens ion a x i a l e e t m a r g i n a l e , t a n t s p a t i a l e que t e m p o r e l l e ,
permet 1 * exi s t e r ^ . v (Ma s i t u a t i o n ) e s t un mode fondamen ta l *
e t e x i s t e n t i a l de l ' o u v e r t u r e de l*é* t re4à , qui comporte s i a u l -
t anément l a r é v é l a t i o n du monde, c e l l e de l a c o e x i s t e n c e e t
c e l l e de l ' e x i s t e n c e " (2) "
Pour des f o r m a t e u r s souc ieux de ce. f a c t e u r p r é s e n c e que
nous avons nommé l a p r i o r i t é des p r i o r i t é s , l a q u e s t i o n q u i s e
pose e s t m a i n t e n a n t p r é c i s e t e s t - i l p o s s i b l e d e p r o p o s e r aux
(1) H. M a l d i n e j - Ouvrage c i t é p , 99
s t a g i a i r e s des s i t u a t i o n s t e l l e s que l e u r p r é s e n c e s ' e n
t r o u v e m o d i f i é e dans l e s e n s de l ' o u v e r t ?
Nous d i s t i n g u e r o n s une s i t u a t i o n g é n é r a l e et des s i ­